Kimiko Nishimoto, 92 ans, est une véritable star sur Instagram où elle partage des photos en se mettant en scène déguisée ou dans des situations insolites.

Kimiko Nishimoto apprend à se servir d’un appareil photo pour la première fois à l’âge de 72 ans, puis se perfectionne en suivant des cours d’édition numérique pour retoucher ses images. Si elle se concentre principalement sur la photographie de natures mortes et de nature, elle a réalisé une série d’autoportraits hilarants impliquant des costumes et des chutes mises en scène.

En 2001, elle commence sa carrière de photographe amateur après avoir assistée à un cours de photographie et de traitement d’images que prenait son fils aîné.

« Tout a commencé lorsque je suis allée assister aux cours de photographie de mon fils aîné. Lorsque j’ai vu les élèves profiter de la liberté d’expression que leur procure la photographie, j’ai pensé pour la première fois : ‘La photographie est intéressante.’. Mon fils m’a alors encouragé : ‘Pourquoi ne prends-tu pas de photos, toi aussi ?’. »

Sur la difficulté de commencer la photo à l’âge de 72 ans, elle répond que son fils l’a encouragé en lui disant qu’il n’y avait pas de bon ou mauvais photographe.

« Mon fils m’a appris que la photographie se fait avec l’esprit, et non avec un appareil, et j’en suis venu à penser qu’il n’y a rien de mal à apprécier la photographie librement. »

Même si encore aujourd’hui elle ne sait pas se servir des réglages des appareils photos, son sens artistique et son autodérision lui a permis très vite de connaître un franc succès sur les réseaux sociaux.

« Je ne connais toujours rien aux appareils photo et j’ai du mal à me déplacer à cause de mes jambes lourdes et de mon dos, alors je prends surtout des photos en mode automatique. »

Quand on lui demande quelle est sa photo préférée, elle répond qu’elle ne peut pas choisir. Elle a profité de ce qu’elle apprit dans ses cours de photo et elle y a ajouté ses propres idées. L’une de ses photos les plus populaires est celle où elle se met en scène dans un sac-poubelle.

« Nous devions rendre un travail de portrait pour les cours de photo et c’était le jour des poubelles, j’ai donc pensé : pourquoi ne pas me prendre en photo dans un sac-poubelle ? Après tout ce ne serait pas étrange que je sois jeté aux ordures vu mon âge. J’ai pris différentes expressions en m’imaginant être jeté. N’importe qui serait triste d’être jeté aux ordures ».

Cette photo devient alors virale et est reprise par de nombreux médias japonais et même du monde entier. Quand elle a débuté la photographie, celle que l’on surnomme affectueusement « Mamie Instagram », cherchait avant tout à prendre du plaisir et ne s’imaginait pas un jour faire des expositions ou publier des recueils photo.

« À ce moment-là, je m’amusais en appuyant sur le déclencheur, et avant même de m’en rendre compte, j’étais interviewée de partout, et j’ai fini par publier un livre de photos… Depuis que j’ai commencé Instagram en 2018, on m’appelle « Mamie Instagram ». Je n’aurais jamais imaginé ça. »

En effet, rien ne prédestinait Kimiko Nishimoto à devenir le centre d’attention. Quand elle était petite, c’était un enfant calme qui se cachait derrière les autres. Après son mariage, elle devient une femme au foyer et son fils l’a décrit comme une « personne ordinaire » sans caractéristiques particulières.

Nishimoto est née en 1928 au Brésil, où ses parents enseignaient l’agriculture à la population locale. Deuxième fille d’une fratrie de sept enfants, elle rentre au Japon à l’âge de 8 ans et vit depuis lors principalement à Kumamoto.

Après avoir été diplômé d’une école de beauté, son père lui ouvre un salon de beauté dans leur propriété. À 20 ans et pendant environ quatre ans, elle et une amie travaillent comme coiffeuses, se spécialisant dans les coiffures nuptiales et japonaises. Assez rapidement elle commence à s’ennuyer, travailler à l’intérieur toute la journée sans sortir ne lui plaît pas. Elle rêve de voyage et d’extérieur.

« J’étais jalouse de mes frères, qui étaient coureurs cyclistes et voyageaient dans tout le Japon. J’ai donc décidé de fermer mon salon de coiffure et je suis allée dans une école de course cycliste. À l’âge de 22 ans, je suis devenue une coureuse cycliste. J’ai voyagé dans tout le Japon en portant mon vélo dans un sac. »

Elle rencontre son mari et se marie, ce qui l’oblige à arrêter le cyclisme professionnel. Dès lors, elle évite de regarder les courses à la télévision de peur que cela puisse lui donner envie de rouler à nouveau.

« Au début, la compétition me manquait un peu, mais le cyclisme est un sport assez dangereux. Je me suis même cassé la clavicule à plusieurs reprises. Ce n’est pas que j’étais accro à la sensation de vitesse, il s’agissait juste d’être assez rapide pour continuer à gagner ».

En 2010, on diagnostique un cancer du poumon à son mari. Lorsqu’il passe la nuit à l’hôpital, elle reste avec lui. Réalisant qu’elle a du temps libre, elle commence à apporter son appareil photo avec elle et à prendre des selfies dans leur chambre. Son mari fait des allers-retours à l’hôpital pendant trois ou quatre ans avant de décéder.

C’était une période sombre pour Nishimoto. Elle n’a envie de rien faire et arrête la photo pendant un certain temps. C’est pourtant son appareil photo qui a fini par ramener de la joie dans sa vie.

« Mon mari était un homme gentil et j’ai eu du mal à faire mon deuil. Cependant, mon appareil photo m’a sauvée. J’ai rencontré un certain nombre de personnes grâce à la photographie et tant de gens, y compris ma famille et mes amis, ont toujours été là pour moi. Je réalise que je ne suis pas seule. »

C’est ce sentiment qui l’a conduite à publier un livre de photos intitulé « Hitori Janakayo » (« Je ne suis pas seule ») en 2016. Le livre qui contient des selfies rigolos, des photos de nature apaisantes et des poèmes écrit dans le dialecte de Kumamoto, reçoit le prix de la culture de Kumamoto en 2017.

En décembre 2017, elle expose ses photos à la Epson Imaging Gallery Epsite de Shinjuku. Les visiteurs de l’exposition « Asobokane » (amusons-nous), peuvent alors voir ses œuvres, y compris des selfies de Nishimoto déguisé en grenouille ou encore faisant semblant courir à la même vitesse qu’une voiture, ainsi que des photos colorées d’objets du quotidien comme des champignons et des oignons.

Aujourd’hui à 92 ans quand on lui demande jusqu’à quand elle compte continuer de prendre des photos, elle répond : « Tant que je serais encore en vie ».

« L’appareil photo est devenu un peu lourd pour moi, mais je me promène avec tous les jours. Même si je devenais grabataire, je ne lâcherais pas mon appareil photo. Je pense que je regarderai le plafond dans mon lit sous mes couvertures et que je prendrai des photos des toiles d’araignée. »

Si vous souhaitez jeter un coup d’œil à ce que fait « Mamie Instagram » voici son compte Instagram : Kimiko Nishimoto et son blog : Kimikosan-expo.

Source : Persol-group
Images : Kimiko Nishimoto

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