Scénario

Aux alentour de la ville nommée Illusion, près d’une autoroute traversant le Japon, deux bandes de motards s’affrontent. Après la défaite de son gang, le chef des anarchistes, qui a perdu une main au passage, coupe tous les ponts. Mais lorsque ses anciens amis deviennent membres d’un parti d’ultra extrême-droite qui cherche à rétablir ordre et autorité au Japon, il se rebelle et prend les armes.

Présentation du réalisateur : Gakuryu Ishii (aussi connu sous le nom de Sogo Ishii)

« Au regard des problèmes rencontrés sur Panique au lycée, j’avais décidé de faire un film libertaire, avec un budget minuscule et en utilisant tout le matériel que la faculté pouvait mettre à ma disposition. Et contrairement à ce que j’avais anticipé, le film a été acheté par la Toei, un des plus importants studios au Japon, qui l’a sorti sur tout le territoire. C’est mon plus gros succès au box-office.

Le film parle de jeunes motards qui se comportent comme des voyous, un phénomène social qui a marqué cette époque. Beaucoup de gens se sont déplacés en salles pour voir le film afin d’en savoir plus sur ces jeunes rebelles. J’ai réalisé ce film il y a 25 ans, et il me donne l’impression d’avoir été fait par mon fils. Je suis très anxieux à l’idée de le voir sur grand écran aujourd’hui.

Tout le monde a travaillé bénévolement sur Crazy Thunder Road, et ce sont de vrais voyous qui ont interprété les motards. Certains de ceux qui devaient jouer dans le film ont d’ailleurs manqué à l’appel, car ils ont été arrêtés par la police avant que le tournage ne commence.

Crazy Thunder Road est un film d’anticipation et en aucun cas un documentaire sur la société japonaise de l’époque. Il ne s’agit pas non plus d’un film politique. »

Mon avis sur le film :

Sogo Ishii commence sa carrière cinématographique très jeune puisqu’à 19 ans il tourne un court métrage de 15 minutes racontant l’histoire d’un jeune lycéen qui tue sur son professeur avant de se faire traquer par la police à travers tout le lycée. Deux années plus tard, la Nikkatsu trouve le sujet intéressant et engage Sogo Ishii pour tourner le remake de son film sous forme d’un long métrage.

Mais la Nikkatsu lui assigne un assistant réalisateur qui est beaucoup plus expérimenté et qui prend en charge la réalisation du métrage en sa quasi intégralité. Sogo Ishii très remonté et en colère décide d’utiliser cette frustration pour réalisé ses 2 films suivant de manière indépendante : Crazy Thunder Road et Burst City. Le film est donc le premier véritable long métrage de Sogo Ishii.

À l’époque le réalisateur est très énervé contre la société et complètement sous influence de la culture punk, mais il a beaucoup de mal à réaliser des films construits au niveau narratif, Crazy Thunder Road ne fait pas d’exception.

Grand manifeste du film de Bosozoku (gangs de motards) et de la culture punk, Crazy Thunder Road tout comme Burst City souffre donc d’une narration très explosée partant dans tout les sens, mais toujours avec cette énergie et ce chaos qui sont présent dans les films du début de carrière de Sogo Ishii. D’ailleurs même dans des films comme Angel Dust ou encore Electric Dragon, la narration n’a rien de traditionnelle à la différence qu’elle est cependant maîtrisé. On assiste donc à un film assez inégal dont le chemin n’est pas défini avec cependant une seconde partie de métrage plus punchi et un final grandiose.

On retrouve un peu tout et n’importe quoi avec cependant une constante durant tout le film et même durant toute la carrière de Ishii de Panique au lycée jusqu’à Dead end run : une musique superbe indissociable du métrage qui apporte énormément à chacun de ses films. C’est cependant déjà un peu moins chaotique que Burst City et une histoire essaie de se mettre en place avec l’arrivée d’un extrémiste fasciste recrutant des motards un peu perdu pour rétablir l’ordre et l’autorité au Japon.

Car Ishii même s’il dit n’avoir pas voulu faire un film de politique critique; indéniablement ces groupes étaient bels et bien présent au Japon à cette époque et si on se rappelle bien étaient également déjà présent dans son film précédent Panique au lycée avec un camion et des uniformes similaires.

A côté de cette trame il y a également des personnages secondaires comme Ken le motard qui décide de raccrocher pour sa copine par exemple mais ils sont trop peu ou trop mal exploités pour qu’ils soient réellement intéressant. D’ailleurs bizarrement dans toutes les scènes où Ken et sa copine apparaissent, la musique change soudainement, proche de la balade et Ishii va jusqu’à les filmer sur un lit, les rayons du soleil traversant la fenêtre, pendant qu’ils jouent à un jeu de société semblable aux petits chevaux. Un grand moment de mièvrerie intense et décalé par rapport au reste du métrage, peut être qu’un des amis du réalisateur à quitter un groupe à cause de sa copine et que Ishii s’est vengé en insérant ce personnage dans ce film.

Les acteurs ont tous des « gueules » de tueurs et des look très typés années 80 avec les gros blousons en cuirs et la banane sur la tête, ce qui n’est pas étonnant vu que si les acteurs principaux viennent du théâtre, tous les second rôles sont de vrais bikers et ça se voit.

Mais ce qui reste le plus intéressant est sans doute la 2e partie et surtout le final du métrage complètement « no future » où un enfant s’injecte son fix, deal arme et drogue et va même jusqu’à tuer, ce qui sauve le « héros » du film au passage, et ce 10 ans avant Robocop 2. Et puis il y a ce combat génial où le héros armés jusqu’aux dents massacre tout sur son passage à grand coup de bazooka fait maison, grenades et autre mitrailleuse énorme semblable à celle de Terminator 2.

C’est donc dans un énorme chaos que se déroule cette bataille explosive annonciatrice de son film suivant Burst City. La fin est bien représentative de l’état d’esprit de Sogo Ishii à l’époque : le héros enfourche une moto cassée et lorsque l’enfant lui annonce qu’elle n’a pas de freins il répond : « là où je vais je n’en aurais pas besoin » avant de foncer à toute allure sur la route tête baissée. Pas étonnant donc de la part d’un Sogo Ishii qui a déclaré que pendant sa jeunesse, il vivait à fond en pensant mourir avant 30 ans, esprit bien représentatif de la culture punk et de l’attitude « no future ».

Il est indéniable que ce film a influencé toute une génération de réalisateur, un réalisateur comme Takashi Miike par exemple a repris certaines idées comme le coup de l’enfant pour Fudoh ou encore le fameux coup du bazooka pour son Dead or alive.

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