Scénario

La famille Kobayashi réalise le projet de ses rêves : quitter leur appartement exigu pour une maison en banlieue. Mais une fois arrivé sur place, rien ne va plus. Le fils disjoncte à cause de ses examens, la fille est obsédée par son audition, la mère en a assez de jouer le rôle de parfaite ménagère et le père ne pense qu’au suicide collectif. Et, par-dessus le marché, le grand-père cherche à s’incruster dans la maison.

Présentation du réalisateur : Gakuryu Ishii (aussi connu sous le nom de Sogo Ishii)

« Crazy Family marque un nouveau départ dans ma vie. L’équipe avec laquelle j’avais l’habitude de travailler était disséminée et j’étais donc incapable de tourner un film. J’ai donc voulu tout recommencer à zéro en réapprenant les bases du cinéma. J’ai repris mes études dans le domaine, et j’ai écrit un vrai scénario avec peu de personnages – ce que je n’avais jamais fait auparavant.

Je voulais faire un film de manière professionnelle, avec des professionnels et en tournant en studio. À la même époque s’est créée la Director’s Company et on m’a demandé d’en faire partie. J’ai accepté tout comme Kiyoshi Kurosawa ou Shinji Somai, entre autres. Ça m’a permis de travailler avec des techniciens et des acteurs chevronnés comme Masaki Tamura, un chef opérateur très réputé, ou Hitoshi Ueki, l’une des stars de l’époque. Pour la première fois de mon existence, j’ai fait attention à la mise en scène et j’ai respecté mon planning de tournage.

Crazy Family abordait un sujet social brûlant que j’ai décidé de traiter sur le mode de l’humour noir et de manière très agressive. J’ai été très étonné lors de sa présentation au Festival de Berlin que le film plaise autant au public européen. Je n’imaginais pas qu’il puisse être compris par des personnes extérieures à la société japonaise. »

Mon avis sur le film : 

Crazy Family est le seul film de Sogo Ishii à avoir connu une sortie dans les salles en France avec le Labyrinthe des rêves. C’est un film à part dans la filmographie de son réalisateur puisqu’on ne peut pas l’associer aux films punk de ses débuts, même si on y retrouve la même énergie dévastatrice, mais on ne peut pas non plus le comparer avec sa période plus calme de Angel Dust et ce qui suit.

Film à part donc, mais également film important pour la carrière du réalisateur puisque que le paradoxe a voulu que ce soit le métrage qui lui ouvrit les portes à l’international grâce à sa projection au festival de Berlin et par la même occasion qui les lui ferma au Japon. Les producteurs ayant trop peur de la manière dont Ishii réalise ses films en ne respectant pas les codes du milieu, personne ne veut plus s’aventurer à produire et investir dans son travail, ce qu’il lui coûta 10 ans de quasi-inactivité.

Et pourtant, le film mérite plus que ça, imaginez une comédie d’humour noir réalisée avec la même énergie que Ishii mettait à l’époque de ses films punk et vous obtenez Crazy Family. Le film est un pur moment de bonheur engendrant de multiples fous rires.

Le pitch est assez simple : une famille s’installe dans une nouvelle maison, tout est réuni pour qu’ils soient le plus heureux du monde. Au fur et à mesure que les personnages s’installent dans la maison, on découvre les différents traits de caractère de chacun : un père obsessionnel se sacrifiant tous les jours au boulot pour sa famille, une mère modèle de la femme au foyer idéale, un fils obsédé par son examen de fin d’année et enfin une gentille petite fille fan de J-pop et de catch qui aspire à devenir célèbre par le biais du cinéma ou de la chanson. Notre famille presque modèle avec des personnages à la limite de la caricature est donc bien installée et va petit à petit sombrer dans la folie.

L’élément qui va amorcer cette démence, c’est tout simplement le grand père Kobayashi qui va venir rendre visite à son fils et sa famille sans crier gare. Le problème vient du fait qu’il s’incruste petit à petit, poussant à bout les autres occupants de la maison. Son fils trouve alors une idée pour le faire rester : détruire le sol de la salle à manger pour construire une pièce en sous sol. Et c’est à ce moment là que tout va basculer et les personnages vont tous sombrer dans une folie totale et dévastatrice.

Tous les personnages sont tout droit sorti d’un manga, plus loufoque les uns que les autres et le métrage regorge d’idées inventives à tout les niveaux. De plus les acteurs (professionnels pour ce film) jouent vraiment leurs personnages à la perfection avec une mention particulière pour l’acteur interprétant le fils qui est absolument génial.

Une fois tous les membres de la famille arrivés à saturation, le père va décider de fermer toutes les issues possible et tenter d’entraîner les autres dans un suicide collectif. Ce qui va déclencher une véritable guerre à l’intérieur de la maison qui va se transformer en champs de bataille. Toutes les armes sont bonnes afin de tuer l’adversaire : le marteau-piqueur, la batte de baseball, le couteau, le sabre ou bien même carrément les prises de catch.

Autant le dire tout de suite cette longue bataille est un grand moment d’anthologie inoubliable, une maestria d’humour noir réalisée avec l’énergie habituelle propre au réalisateur et toujours avec cette bande son qui tient une importance cruciale dans chacun de ses films.

Crazy Family est bien un film de fou, de psychopathe allant à 300 km/h, mais qui n’oublie pas cependant de dresser le portrait d’une génération et de la société japonaise à travers son ton satirique. Sogo Ishii est décidément un grand réalisateur, un auteur visionnaire et avant-gardiste, il ne serait d’ailleurs pas étonnant encore une fois que Takashi Miike se soit inspiré de ce film pour réaliser son Visitor Q.

3 Commentaires

    • Bonjour,
      Au Japon il est disponible en DVD et BR mais en France je crois qu’il n’est jamais sorti hors des projections au cinéma.
      Si jamais les sous-titres anglais ne te gêne pas, il est dispo sur Youtube en VOSTA en cherchant : « The Crazy Family (1984) ».

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